visite medicale
VISITE MEDICALE
Le repas n'a pas été frugale mais ma faim a disparue . je suis par contre inquiet pour mon paquetage qui normalement aurait du m' être remis depuis mon arrivée, mais là, après une journée, je n'ai encore rien et ce n'est pas normal , pas très pratique pour se laver et se changer ? après avoir transpiré pour décaper ma cellule, ce ne serait pas du luxe, j'ai l'impression de sentir le chacal !
*14h30 un maton ouvre et me demande de le suivre, sans plus d'explication. dans ma tète je suis en alerte maximum, car après l'accueil qui m'a été fait.( il y a de quoi) . Je suis le cerbère de service et sans un mot j'avance. Les escaliers descendus la veille me semblent plus long, j' imprime les lieux dans ma mémoire, je prends des repaires et fais connaissance avec le B 0. Une porte électronique s'ouvre sur l'extérieur , la lumière du jour me fait mal aux yeux mais l'air frais me fait du bien . Aux fenêtres je vois des têtes et je devine que des dizaines de paires d' yeux me regardent : nouvel arrivant je suis mis de suite au quartier disciplinaire .
Une voix me crie << Te laisse pas faire c'est tous des bâtards >>!!!
je me réponds à moi- même << t'inquiète, ici ou ailleurs c'est les mêmes >>!! .
Les grilles des deux côtés font que j'ai vraiment la sensation d'être un animal, qu'on n' en a rien à faire de moi ni des autres détenus, et que tout est fait pour casser les plus réfractaires a ce système . Devant un portail, un groupe de détenus attend que le passage soit ouvert pour se rendre au le complexe sportif , tous sont habillés en survêtement , certain sautillent sur place,déjà parés pour courir sur le stade que j' entrevois au loin , des ballons son posés au sol dans un filet prévu à cet effet , c'est l' heure pour eux de se lâcher et de décompresser . Au passage j'ai droit à des << salut mec ,garde la pèche >> ,je souris et continue d'avancer ; il y a bien 300m entre mon lieu de départ et le bâtiment ou je rentre,toujours avec mon chaperon sur les talons. Sur ma gauche il y a le bureau du chef de détention et devant moi, à quelques mètres, une grande porte ou je peux lire '' cuisine '' , 10 ou 15 chariots sont d' evant la porte et attendent d' êtres rentrés . Sur ma droite, une double porte blanche ou je lis '' infirmerie '' ; et là je me dis qu'enfin je vais être tranquille car le médical est normalement séparé de la pénitentiaire( depuis les lois de 1996) . Normalement un détenu passe au statut de patient dès qu'il franchit la porte de '' l' UCSA' '(unité de consultation et de soins ambulatoires ), cette unité dépend uniquement du centre hospitalier .(NORMALEMENT).
La porte franchie, un autre maton prend le relais et me dit d'entrer dans la salle d'attente , je m'exécute! . Dans la pièce, il n'y a pas moins de 15 détenus, dans à peine 12m², pas d'ouverture : l'odeur y est insoutenable!! encore heureux que personne ne puisse fumer ! . Les regards sont froids presque agressifs ; il règne une telle tension qu' à tout moment un mec peut péter un plomb; les yeux se dirigent soit vers le haut ou vers le bas, mais pas un regard ne se croise .
Après 30mn d'attente je suis appelé et conduit dans la salle d' auscultation : on me pèse, on prend ma tension etc etc... .des tas de questions me sont posées sans même attendre de réponse et je comprend vite que c'est la visite médicale obligatoire des arrivants ,autant dire que ce n'est que pour la forme! . Le maton me dit alors de le suivre << c'est déjà terminé ? >> Je regarde alors l'infirmière et lui dit sèchement
<< regardez bien mon dossier car si ma prescription médicale n'est pas respectée je vous promets que mon avocat aura moins de patience que moi >>
le silence se fait, j'ai osé ouvrir ma gueule ! Ici c'est pas courant !! le mot avocat a fait son effet: un mec en blanc fait son entrée, prend mon dossier, regarde le surveillant et les infirmières présentes et me demande de le suivre ainsi que la petite dame en blanc qui a pris ma tension .Le docteur lui même ferme la porte, laissant le maton loin de tout ce qui peut se passer dans cette pièce . Le doc est grand , les cheveux très courts grisonnants , la cinquantaine bien tapée. Il semble cool et à première vue, il n'aime pas travailler dans cette ambiance et n'apprécie que très peu le personnel pénitentiaire. Je vais m'en faire un ami !.Le toubib lit mon dossier et me demande si j'ai d'autre soucis, autre que celui noté dans mon dossier. Je lui explique mon arrivée et la douleur que je ressens toujours au niveau de la cuisse ; il me demande de baisser mon pantalon et constate que j'ai un énorme hématome ; pas un mot ne sort de sa bouche mais je lis sa réprobation sur son visage : il ne me dit pas de porter plainte mais c'est tout comme !! alors je lui explique que porter le deuil (porter plainte) contre un maton c'est plutôt chaud et que de toute façon ce n'est pas mon truc ; pourtant cela mériterait très largement d'être dénoncé . Il comprend que je ne veux pas d'ennuis mais qu'à ma façon d'être et de parler que je n'ai pas dit mon dernier mot !!! .Il me prescrit quelques trucs pour soulager la douleur et me fait donner des compresses et de l'alcool pour faire résorber l'hématome et atténuer la douleur musculaire ; il reprends alors mon dossier et fait son ordonnance pour que j'ai mon régime alimentaire strictement appliqué; il veut me revoir des le début de la semaine; il me dit qu'il va aller voir le directeur du CD afin que les cuisines me donne de quoi me nourrir par rapport à mon régime. Je sais qu'avec ce médecin je vais mettre un sérieux bordel dans l'établissement ; il a du lire que par deux fois déjà, j'avais déposé plainte contre divers services médicaux pour mise en danger d'autrui et non respect du droit a la santé ; plutôt que de le déranger, cela semble lui faire plaisir il me dit alors
<< si tu as besoin d'un certificat médical, dis le moi ; je vais pour ma part en parler à la direction et au moindre soucis viens me voir; même si je ne peux pas faire beaucoup, je vais t'aider >>
Je sais qu'il a très bien compris que j'ai une dent contre la pénitentiaire et que je refuse le non respect de mes droits. Ma maladie (orpheline ) m'oblige depuis pas mal d'années à faire très attention; comme je ne veux pas crever en taule, je me bat pour mon droit à la santé, le seul droit peut- être qui me reste dans ce monde en marge de de la société. SA DEMANDE : Double ration de viande le midi et le soir , idem en pain ,laitages et autres... .
J' ai plaisir à imaginer la tête du directeur !!! il va être vert de rage. Mais je sais aussi que rien n'est jamais gagné dans ce milieux et je vais me battre pour ma santé durant les 14 mois que je dois passer dans ce C D. Me battre pour ça mais aussi pour bien d'autres choses que je suis loin d'avoir imaginées !!!!