Mercredi 5 novembre 2008
3
05
/11
/Nov
/2008
10:30
D EPART TRANSFERT
....7h30' il fait froid et un brouillard cache le haut des murs, un bruit de clefs dans la serrure me fait sursauter, il n'est pourtant pas l'heure de l'ouverture,
je ne comprends pas....le maton , petit, les yeux moqueurs me dit d'un ton rassurant : "tu vas au greffe, des documents urgents sont arrivés, il faut ta signature"...: Dans ma tête mal réveillée,
je ne calcule pas que le greffe n' ouvre qu'a partir de 9h et il n' est que 7h30 ???
J'enfile un survêtement et me dirige là ou je suis attendu ... la grande cour est déserte, me voilà pour la première fois seul à la traverser... quel silence...
alors que depuis 3ans je ne l'ai vu qu'avec 150 à 200 personnes et un bruit terrible: radios- lecteurs CD et autre engins qui peuvent générer du son (pour que chacun soit dans son monde,
pour ne plus ni entendre ni écouter l'autre, espace de liberté, bulle personnelle enfin!.
J' appuie sur le bouton de la sonnerie afin de prévenir de mon arrivée : porte qui passe de la détention à l'administratif : ''l' autre monde '' auquel je n'
appartiens plus depuis très longtemps. Un autre surveillant est là, large sourire aux lèvres et derrière lui le brigadier qui porte une paire de menottes accrochées à sa ceinture.
Bien que je sois encore dans le flou, une petite lumière s'est allumée en moi ; je prends (malgré moi et par réflexe) une attitude de méfiance et regarde autour de
moi : un fourgon blanc avec écrit en grosses lettres ‘administration pénitentiaire’ est garé là !d' ordinaire, il sert pour les extractions médicales; je ne m' inquiète donc pas; sur ma droite
une enfilade de bureaux, fermés vu l'heure matinale, sur ma gauche un grand espace vide et au loin, les murs extérieurs de la taule ; je me décide donc à entrer dans le seul bâtiment ouvert. En
grosses lettres est inscrit « Greffe »... et sur ma gauche "fouille des arrivants »
Le couloir est plongé dans le noir et il y règne un calme dont je n'ai plus l'habitude depuis longtemps...
J'arrive devant un grand guichet : là, en retrait, une femme assez forte, mal fringuée, me demande d' avancer et de signer le formulaire qu'elle me présente.
Je ne comprends toujours rien et j' avance, je saisis le papier et avant que j' ai pu lire le premier mot, cinq matons (dont deux gradés) arrivent derrière moi ...
d'où sortent- ils..? je n'en sais rien ...mais me voilà menotté, entravé comme un paquet de linge sale que l'on veut jeter...
... je m'écrase au fond du camion d'extraction. C'est bref, efficace et assez violent pour que j'ai mal au dos et aux poignets. La porte du véhicule se referme sans
autre explication.
Durant le trajet qui va durer environ 2h 30, je ne vois que la cime des arbres (quand il y en a...), le bruit du moteur me saoule, j'ai envie de gerber, mais le
ventre vide depuis dix sept heure la veille, rien ne vient. J'ai encore plus mal.... les idées et les questions se bousculent dans mon esprit... où m' emmène- t- on..? pourquoi de cette façon..?
qu'est- ce - qu'on va me servir comme connerie cette fois ci ?,!!! déjà, je me prépare au pire car les transferts comme celui ci ne présagent rien de bon !
*J' imagine qu'un codétenu m' a mis un truc sur le dos, (monté un bateau comme on dit dans le monde de la prison ) ; une fois, déjà on m'a expédié du CD précédant
parce qu'on me soupçonnait de préparer une émeute (ce qui était faux : juste parce que j'avais réussi à prendre avec moi 3 jeunes fumeurs de "schit" et les avoir insisté à faire du sport. Là, ce
sera quoi ? Je suis peinard depuis 3 ans bordel !!! C'est quoi ce merdier ? je n'en peux plus !!!j'ai la rage au ventre !!! attendre !!!je ne peux rien faire de plus !!! IMPROVISER, m ' ADAPTER,
VAINCRE ....il ne me reste que ses mots dans la tête ......